Qu’est ce qu’un psychologue clinicien ? Que signifie le mot « clinicien » ?
Premier point : la formation
Le Psychologue clinicien est titulaire d’un DESS ou d’un MASTER 2 en psychologie clinique. Il est le seul à pouvoir évaluer, diagnostiquer et orienter le patient car il est formé à la clinique, c’est à dire à l’analyse précise des symptômes, contrairement aux psychologues spécialisés comme les psychologues scolaires, psychologues du développement, psychologues comportementalistes qui ne peuvent traiter que les afflictions liées à leur spécialité… Le clinicien est formé à la psychothérapie adaptée aux troubles spécifiques de son patient. Il peut dialoguer avec un médecin au besoin car il maitrise la nosographie psychiatrique (le vocabulaire et la dénomination des troubles dans le domaine médical). Celui qui se fait appeler « Psychologue » est donc psychologue clinicien. Le spécialiste lui, doit déontologiquement spécifier sa spécialité afin qu’il n’y ait pas de confusion possible sur son champs de compétence.
Dans le domaine de la certification du titre, contrairement au Canada ou à d’autre pays non-francophones, la France ne simplifie pas l’accès à la compréhension de ce qu’implique ce titre protégé de Psychologue clinicien. Ce flou permet de jouer sur l’ambiguïté du terme « psy« .
On y ajoute souvent diverses approches d’écoles privées, coach, PNL, Hypnose, Approche Jungienne… une quantité importante d’écoles dispensent ainsi des titres trompeurs, des formations de quelques mois à quelques années permettant de revendiquer un pseudo-titre mais ne donnant pas accès au titre de psychologue.
Ainsi, « Psychologue du travail », « Psychologue du développement », « Psychologue social »… ne sont PAS des Psychologues Cliniciens et ne peuvent user du titre de « Psychologue » sans y adjoindre leur spécialisation. Ces praticiens ont souvent renoncé au cursus de Psychologie clinique, assez exigeant, et par choix, ont optés pour une sous-branche, une seule spécialité, ce qui peut parfois désorienté un patient. Comme précise le décret : Décret n°90-255 du 22 mars 1990
« Ont le droit en application du I de l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985 susvisée de faire usage professionnel du titre de psychologue en le faisant suivre, le cas échéant, d’un qualificatif »
Or, la question de la formation et de la compétence est centrale dans le respect de la hiérarchie des savoirs et les dérives sont communes. Par exemple, un psychologue social n’est pas formé au traitement de l’hyperactivité ou de la dépression, un psychologue scolaire non-plus, un coach ne connait rien aux troubles bipolaires, à l’anxiété, ni aux phobies….
Pourquoi le cursus de psychologue clinicien est-il si important ?
S’il implique une masse de savoir sur un minimum de 5 années dans le cadre d’un Master 2 (Neurologie, génétique, psychologie du travail, psychologie dans le champ social, épistémologie, phénoménologie, psychanalyse, nosographie psychiatrique…), il implique aussi une expérience obligatoire minimum de 850 heures de terrain, stage en institution (Hôpitaux, Centre Médico-Psychologiques…). Cette expérience est non seulement indispensable, mais formatrice quant à la prise en charge de la psychopathologie dans le cadre institutionnel, et elle permet au professionnel de s’inscrire dans un parcours de santé, au milieu des autres professionnels (psychomotriciens, ergothérapeutes, assistante-sociale…).

Formation et orientation du psy
Second point : l’expérience de la prise en charge en institution
La formation universitaire est donc composée de stages en institutions hospitalières sur plus de 850 heures en équipes, encadrées par des tuteurs et des référents médecins et psychologues senior. Ce parcours est non seulement formateur et riche en expériences, mais il impose au futur psychologue, une capacité à dialoguer dans le cadre de prises en charge pluridisciplinaires, à en comprendre aussi les mécanismes gestionnaires et industriels, éthiques et moraux. En France, les services médicaux publics sont, à de rares exceptions près, dirigés par des chefs de service médecins, eux-mêmes encadrés par des cadres de santé gestionnaires.
Mais qu’en est-il de l’orientation du psychologue clinicien ?
La psychologie clinique s’est structurée à partir du 19ème siècle sous l’influence de psychologues d’orientation psychanalytique qui souhaitaient mieux délimiter leur domaine d’intervention. La psychologue et psychanalyste Danièle Brun explique ainsi : « La médecine, à quelque époque que ce fût, n’a, il est vrai, jamais rien voulu céder de son hégémonie sur le corps. À la fin du 19ème siècle, il a fallu toute l’énergie et la détermination d’un Freud pour prendre ses distances et pour sortir l’hystérie du champ de la médecine qui se montrait impuissante depuis de longues années pour ne pas dire des siècles à la guérir. La psychanalyse a donc trouvé ses assises sur une reconnaissance de la distinction entre lésionnel et fonctionnel au nom de laquelle l’hystérie perdit son statut de maladie organique. Rien de tel apparemment en pédiatrie où les maladies graves ont longtemps mené les enfants à la mort jusqu’au moment où les progrès thérapeutiques aidant, l’obtention de leurs survies prolongées puis définitives s’est accompagnée d’une prise de conscience de l’influence des parents sur le devenir de la maladie guérie et, plus généralement, des effets de la maladie sur leur destin. » Revue en ligne CAIRN
Aujourd’hui, la psychologie clinique est un enseignement distinct de la médecine. Il n’y a aucun enseignement de psychologie ou de psychanalyse dans le cursus de médecine, ni même dans celui de psychiatrie. De fait, il n’existe quasiment plus de psychologues dans les services hospitaliers, en particulier en psychiatrie. La prise en charge psychologique est généralement absente du parcours de santé au profit d’une médication quasi systématique. Sans formation, les patients sont parfois orientés vers des infirmiers sans formation de psychologue auxquels on confie le rôle d’écouter en singeant les attitudes des psychologues, vers des hypnothérapeutes, ou vers des neuropsychologues d’orientation comportementale (TCC) ou formés aux tests psychotechniques.
L’orientation psychanalytique est encore enseignée car elle constitue un socle de la psychopathologie. Elle incite à une véritable articulation des savoirs, bien au-delà d’une réduction médicale, une reprogrammation comportementale ou neurocognitive de la personne et du Sujet.