Qu’est ce que la psychanalyse ?

La psychanalyse est, depuis sa création, décriée et critiquée. Bien peu de personnes savent en parler et pourtant, des millions de personnes sont régulièrement soignées, reçues, soutenues et guéries, au quotidien par la psychothérapie psychanalytique. La psychanalyse ne s’est jamais présentée comme la panacée mais elle libère des maux par les mots, libère de la souffrance psychique et physique, faisant naitre des vocations, des rencontres, des séparations, des enfants, et cela, dans le plus grand secret. Elle n’est pas seulement une méthode, elle est surtout une représentation de l’appareil psychique de chaque personne, de chaque Sujet.

J’ai reçu une formation scientifique, doublée d’un cursus de psychologue clinicien. Expert près la Cours d’Appel de Versailles et chargé d’enseignement à l’Université Paris 7 Diderot, je voudrais répondre ici en quelques phrases simples, aux questions légitimes que se pose celui qui n’a de la psychanalyse qu’une connaissance médiatique issue d’internet ou ceux qui ne l’auront ni étudiée, ni éprouvée, ou qui ne connaissent rien à la prise en charge psychothérapeutique.

Si mon approche de la psychologie est d’orientation psychanalytique, c’est que j’ai constaté, devant moi, face à moi, comme beaucoup d’autres professionnels, parfois issus de la médecine, que les principes de la psychanalyse éclairent et soignent la souffrance humaine. Il n’y a pas d’autre raison.
Bien sûr, ma formation universitaire de psychologue clinicien m’aura permis d’acquérir de nombreux outils du diagnostic, la neurologie, la sémiologie, la pharmacologie, mais aussi la phénoménologie ou la statistique. Elle permet aussi, en tant que clinicien, de faire appel à d’autres intervenant du soin lorsque nécessaire; Mais les outils offerts par la psychanalyse, leurs acuité face à des cas cliniques m’auront toujours semblés d’une richesse et d’une précision thérapeutique inégalable.
En surplomb de la formation aux bases de la psychopathologie, la prise en charge analytique demande plus de travail, plus d’engagement, moins de généralités. Le patient n’est pas une machine à reprogrammer, comme dans les approches comportementales (TCC), à endormir ou à exciter comme dans le coaching ou l’hypnose.
Il ne s’agit pas là d’une croyance ou d’un prêche, mais du métier que je pratique et qui me met en contact avec des personnes en souffrance depuis de nombreuses années. La psychanalyse s’impose comme toutes les sciences, en perpétuel mouvement et en articulation d’autres connaissances.

Je réponds ici à ces questions dans un dialogue imaginaire, comme elles pourraient se poser lors des premières années d’études à l’Université à ceux qui décident d’aborder le métier de psychologue. Mais ces questions sont aussi celles de ceux qui s’interrogent sur ce que renferme cette méthode analytique qui demeure l’une des plus passionnantes de l’histoire du soin, et à laquelle la médecine vient discrètement se nourrir depuis des siècles, tout en en critiquant parfois l’efficience. Freud était un neurologue, il puisa et structura la méthode analytique afin de soigner là où la médecine de son temps était totalement inefficace. Lacan était un médecin psychiatre, il fit face à l’inefficacité de certaines prises en charge et à l’absence de véritable modèle clinique. Aujourd’hui, malgré les récentes découvertes, l’imagerie médicale, les neurosciences, etc… c’est toujours le cas : Le modèle de la médecine seule demeure insuffisant face à la maladie psychique. Elle peut au mieux, en atténuer les symptômes de la boulimie, l’anorexie, la dépression, la psychose, les syndromes post-traumatiques, l’addiction, le suicide… La psychanalyse propose un modèle scientifique de l’appareil psychique qui n’a pour l’instant, aucun équivalent, ni en termes de clinique, ni en termes de descriptions étiologiques des troubles.

A quoi ça sert de parler ?

Parler de la parole c’est comprendre que le discours renferme plus de dimensions que le seul sens qu’on pense lui donner, il existe donc une partie de ce qui est dit qui nous échappe, c’est certainement ce qui nous distingue encore de la machine. Or, c’est ce qui pose problème : certains pensent qu’il suffit de s’exprimer clairement pour être compris. Une fois de plus, ce mode d’échange est celui de l’informatique, non celui des êtres humains. Comme dans la parole, nos actes, nos choix, nos engagements, nos répétitions, nous échappent pour partie. C’est une idée particulièrement dérangeante pour certains, que de penser qu’ils n’ont pas tout pouvoir sur ce qui motive les actes et que cela demande un effort pour y accéder et tenter de comprendre pourquoi l’on répète et l’on échoue. Seul le psychotique ou le pervers pensent qu’il existe une possible pleine conscience.

Qui peut nier la force de la parole ? Dans l’interdit, dans les soins de la mère, dans celle du grand-père ou de l’être aimé, celle qui détruit et avilit, celle qui reconstruit, qui libère et qui dévoile, celle qui construit le corps et le meurtrit… la parole absente qui plonge dans d’obscurs abîmes de déréalité, et puis cette parole qui nous échappe toujours, preuve d’une perte, d’une séparation. Certain confondent l’analyse avec une relation Maître / Esclave : un patient en situation de faiblesse, un Maître détenteur d’une vérité, d’un diagnostic immobilisant le sujet dans une identité, psychose / névrose / perversion / et surtout TDAH, TSA,… une solution à l’énigme… la cure analytique est l’exacte opposée, elle ouvre sur le mouvement, libère de l’illusion identitaire.

Pour faire simple, le psychanalyste écoute le discours en filigrane, celui qui se raconte au-delà de ce qui est dit, il écoute TOUTE la parole, ce qu’elle tente de dire sans y parvenir, ce à quoi le sujet tente d’accéder lui-même mais qu’il ne peut entendre (et qui le fait souffrir), ce qu’il aurait voulu dire à un autre, et qu’il va enfin dire ici… et surtout, aux associations qui vont surgir lors de la séance entre les phrases et les mots, et leurs conséquences, qui laissent entrevoir les conflits inconscients à l’origine des symptômes.

La psychanalyse est-elle une science exacte ?

La psychanalyse n’est pas plus une science exacte que la médecine, mais elle s’articule aux connaissances médicales et offre une lecture étiologique et une méthode.

La psychanalyse est, et demeure à contre-courant, pour une raison assez simple : elle tente de libérer les hommes et les femmes en donnant accès à leur propre destin, et à travers ce même mouvement, elle s’attaque à ce qui fait souffrir et entrave ce but. C’est en grande partie la raison des polémiques autours de la psychanalyse. Elle réclame de la part de l’analysant et de l’analyste, une position d’humilité et de courage.

La psychanalyse est-elle réservée à une élite ?

Il n’est pas simple de parler de ce qu’est la psychanalyse car elle ne se vend pas, elle ne demande rien, ne revendique rien sinon la possibilité pour chacun de choisir un destin. Elle est efficace en redonnant à la personne le contrôle de sa vie en dehors de contingences commerciales ou industrielles.

Au fil des années, j’ai observé la violence des attaques envers la psychanalyse, cela à toujours été le cas. On attaque  ses représentants sans même en avoir étudié les travaux, Freud, Lacan, Winnicott, Mélanie Klein et tant d’autres… pour y préférer les discours simplistes des marchands, interdisant du même coup au plus nombreux, l’accès à ces soins.

De formation scientifique, voici pourtant plus de 30 ans que j’en traverse l’acuité et l’efficacité clinique. Je questionne encore et toujours mes travaux et mes connaissances, à travers ma supervision, certain cartels de discussions et de débats, et en faisant parfois appel à des confrères. La psychanalyse n’est donc pas réservée à une élite intellectuelle argentée, elle se pratique encore dans certains Centres Médicaux Psychologiques (CMP) et est donc prise en charge par la sécurité sociale dans ce cadre. Le fait qu’elle soit de moins en moins présente dans les centres  médicaux et qu’elle ne soit pas ou peu remboursée en cabinet privé est un choix politique.

Les psy sont des escrocs, c’est une croyance !

Les psychanalystes sont décriés, ridiculisés, caricaturés, tant mieux. Leur formation universitaire à la psychologie est rendue toujours plus ardue et elle est une référence dans le monde scientifique au point que la formation des psychiatres demeurant incomplète face aux maux du psychisme, nombreux se forment à la psychanalyse, tentant de parfaire une formation bien pauvre en terme d’étiologie et de clinique, se raccrochant à la neuropsychologie afin de vérifier des thèses défendues par Freud il y a plus d’un siècle.

Nous vivons une époque de la religion médicale et scientiste. L’espérance en un monde apaisé et heureux nourri par les progrès de la science et de la médecine est une utopie. Depuis Copernic, puis Einstein, puis tous les successeurs, nous savons que tout modèle scientifique est une œuvre de construction transitoire y compris en médecine. La psychanalyse raconte l’homme en ce qu’il est un être de langage et de pensée. Elle libère justement de la croyance et émancipe en proposant à chacun de se rendre autonome et libre. C’est en cela qu’elle est une science au sens éthique de ce mot et qu’elle demeure une méthode résolument subversive.

Pour aller plus loin :

Un ouvrage passionnant de Simone Korff-Sausse,  Dialogue avec mon psychanalyste, paru en 2005

Simone Korff-Sausse est psychanalyste, membre de la SPP. Docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, elle est maître de conférence à l’université Denis Diderot Paris 7. Elle a une longue expérience auprès de personnes handicapées et de leur famille. Elle a notamment publié Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste (Paris, Calmann-Lévy, 1996) et, avec Cécile Herrou, L’intégration collective de jeunes enfants handicapés (Toulouse, érès, rééd. 2007) sur son expérience dans la halte-garderie La maison Dagobert.

Alain Vanier, Une introduction à la psychanalyse, ed. Armand-colin. A. Vanier est Docteur en médecine (AIHPP, Ancien Psychiatre des Hôpitaux), docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, Habilitation à diriger les recherches. Il commence une analyse en 1970 et fréquente l’École freudienne de Paris. Il est aujourd’hui analyste membre d’Espace analytique (A.F.P.R.F)

Voir aussi :