Violence et propos à caractère sexuel chez les petits

Actes et propos choquants à caractère sexuel chez de très jeunes enfants

Le rapport à la sexualité de l’enfant demeure assez mystérieux pour la plupart des parents qui y sont parfois confrontés à travers des actes ou des propos dont la violence questionne ou choque l’entourage, en particulier dans le milieu scolaire.

Ces violences verbales ou physiques affectent le comportement d’enfants toujours plus jeunes et font parfois bouger les lignes de la dimension sociale, voire pénale de l’acte sexuel tant ils redéfinissent, encore et toujours, la condition d’Enfant. En tant que psychologue clinicien, je suis de plus en plus sollicité pour la prise en charge d’enfants, mais aussi de parents inquiets, souvent adressés par des psychologues scolaires ou des professeurs.

Si Freud en son temps choqua par son analyse de la sexualité infantile et par extension de la sexualité tout court, ses principes demeurent toujours mal compris du fait de la confusion induite par la vulgarisation et les mésusages du vocabulaire psychanalytique.

La sexualité “élargie” telle que la nommait Freud n’est pas une sexualité génitale, elle n’évoque pas l’organe sexuel. Elle découle d’une pulsion de vie, ou plus exactement d’une pulsion physiologique visant à se maintenir en vie. Ce mécanisme à la fois inné et acquis, corporel et psychique, dirige l’enfant vers l’alimentation et tous les apports nécessaires à sa survie. Ils se manifestent à travers la succion (du sein maternel), la miction, la défécation…

Mis en mouvement par la pulsion, le plaisir est donc le “plus”, fruit de l’apaisement, du contentement et de la satisfaction de ses besoins vitaux. L’absence de ces satisfactions provoque une agonie physique et psychique. A l’inverse, le souvenir de ce “plaisir ajouté” perdure à travers la sollicitation des organes concernés (bouche, fesses, …) ainsi que les sens (odorat, vue, toucher…).

Cette sexualité infantile perdure ainsi dans la sexualité adulte. Ce qui caractérise la sexualité de l’enfant c’est avant tout une diversité dans les sources de plaisir, une auto érotisation et une absence de focalisation génitale, si ce n’est dans le cadre d’une recherche de plaisir différent ou plus efficace.

Même si le plaisir peut être issu de l’organe sexuel, à travers la miction ou la masturbation, il ne s’agit pas encore d’une sexualité au sens adulte du terme. La découverte de la sexualité génitale à travers la masturbation procure une forme d’apaisement organique lié à la sécrétion hormonale (dopamine, endorphines, sérotonine, ocytocine…) qui vient une fois de plus remplir une fonction d’apaisement.

Pour le psychologue clinicien, la dimension sexuelle des comportements doit aussi être entendue comme une décharge procurant un apaisement plus que du plaisir. La fonction d’apaisement de l’orgasme perdure chez l’adulte et peut d’ailleurs prendre des formes pathologiques lorsqu’elle n’occupe que ce rôle et vient se substituer à toute autre forme de relation.

Il est donc important de considérer les excès sexuels de l’enfant comme des solutions répondant à des angoisses non-élaborées, non-verbalisées.

Le questionnement sur les organes sexuels différenciés entre petites filles et petits garçons arrive très tôt chez l’enfant et donne lieu à des constructions fantasmatiques parfois horrifiques.

Contrairement à une idée reçue héritée de libération sexuelle, la sexualité infantile n’est pas seulement une leçon de choses ou une explication fonctionnelle. La masturbation reste un tabou dans nos sociétés, en particulier la masturbation des jeunes filles qui est souvent niée ou occultée par les parents, heurtant un interdit culturel ou religieux lié au plaisir.

Or, pour le psychologue la masturbation est un mécanisme naturel occasionnel et passager. Excessif, il révèle une angoisse qui trouve là un moyen d’apaisement à défaut d’un autre. Le psychologue est alors à l’écoute de ce conflit et guide l’enfant vers d’autres formes d’apaisement, à travers l’alliance thérapeutique et la médiation, l’expression de ce conflit.

La violence des représentations sexuelles adultes (pornographie, images sur-érotisées, vocabulaire ou insultes à caractère sexuel évoquant des actes sexuels…) agit comme une effraction sur la sexualité infantile qui souvent marque le psychisme au même titre qu’un trauma. L’imaginaire (au sens “des images”) s’impose alors en boucle comme une limite aux fantasmes (à la construction fantasmatique personnelle de l’enfant, ou du sujet), comme il vient parfois s’imposer dans les troubles sexuels liés à la pornographie, les symptômes évoquant ceux du post-traumatisme. De même, l’enfant tente d’interpréter les images ou les propos des adultes en construisant des modèles parfois empreints d’une grande violence, puisés dans un monde de représentations archaïques, cette interprétation pouvant se traduire à travers divers symptômes, dont la phobie par exemple.

Ainsi, assistant à une scène primitive parentale, l’enfant cherche à en comprendre la signification et la portée sexuelles sans y parvenir.

L’enfant ne perçoit pas la dimension sociale et interpersonnelle de l’acte sexuel, mais plutôt un encodage de ses propres pulsions qui ne trouvent pas d’autre médiation, d’autres moyens d’élaboration. Il dirige alors cette demande d’apaisement vers le sexe opposé dans ce but, tout en faisant référence à un vocabulaire souvent cru, dont il ignore toute dimension sociale et culturelle.

Les conflits psychiques ne sont pas l’apanage des adultes. La culpabilité, la mort, l’anéantissement, la peur, l’abandon… sont très tôt présents dans la vie du jeune enfant et du nourrisson (Mélanie Klein). Ils se construisent à partir d’un vécu physiologique mais aussi d’une vie psychique constituée des éléments psychologiques parentaux inconscients, environnementaux, parfois aussi à travers des situations familiales douloureuses, conflictuelles, voire toxiques… niées par les parents eux-mêmes.

A travers sa sexualité, le jeune enfant exprime le rapport au corps et à l’interdit issu de son éducation, de son parcours identitaire et culturel.

naissance enfant

De plus, l’expression sexuelle publique chez de jeunes enfants, trouve dans cette crudité, un moyen disruptif de choquer le parent, de le solliciter et de le convoquer. Le passage à l’acte n’est une fois de plus qu’un moyen de manifester au monde le conflit et de réclamer une prise en charge, une écoute et un moyen d’apaisement qui peut aller jusqu’au besoin de châtiment ou de punition venant alors apaiser la culpabilité ou le conflit.

Le psychologue répond à cette demande en offrant un espace confidentiel d’élaboration en dehors du contexte environnemental.

Il peut arriver que ces expressions choquantes de la sexualité adulte reprises par l’enfant révèlent sa manière d’affirmer une place en tant que garçon ou fille, en rival du parent de l’autre sexe dans le cadre d’un œdipe. La figure paternelle est alors un référent dans l’image de la masculinité véhiculée par le père, consciemment ou inconsciemment. On peut alors prendre en compte l’incidence culturelle ou religieuse de la place de la femme dans la famille / société, la manière d’affirmer l’identité masculine à travers la violence, la force physique… De même pour les petites filles, trop rapidement confrontées aux éléments symboliques de la sexualité féminine : sur-érotisation du corps, affublé des apparats et des signifiants de la sexualité adulte, lèvres rouges, ongles peints, chaussures à talons, vêtements très près du corps ou singeant, sans en comprendre le sens, les mouvements de la sexualité adulte. Dans tous ces cas, l’enfant assume une place douloureuse qu’il ne doit pas tenir auprès de ses parents. L’enjeu thérapeutique est donc de lui ré-accorder une place d’enfant dont la responsabilité en tant que sujet, puis en tant qu’adulte responsable, qui permette de suivre une courbe développementale psychosexuelle cohérente et respectueuse de son propre rythme. Ce travail ne doit pas être mené dans l’opposition au modèle éducatif parental mais dans le respect et la connaissance d’un modèle culturel, religieux ou politique, dont ils ont eux-mêmes hérité, parfois comme une normalité évidente qui s’impose. Les jeunes enfants auxquels on rechigne à imposer la règle et la limite sont toujours marqués par l’angoisse et le faux-self, l’agitation psychomotrice, mimant un comportement responsable tout en n’ayant pas accès à l’enfance. A l’inverse, l’intransigeance, le retour à l’interdit et surtout à la culpabilité autour de la sexualité provoquent immanquablement d’autres situations parfois tout autant symptomatologiques.

L’espace psychothérapique est donc un lieu d’exception confidentiel et séparé, dans lequel l’enfant peut déplier et revisiter, reprendre sa place parfois en s’accordant un répit à travers une véritable régression, mais il peut aussi être celui des parents dans une tentative personnelle de décryptage d’une situation éducative conflictuelle. La sexualité infantile peut alors s’intégrer comme un élément du développement évolutif et suivre un certain nombre de stades conduisant à l’explosion adolescente, à la génitalité et à la construction identitaire adulte.

Chaque enfant et chaque famille sont différents et le recours au psychologue à travers la guidance parentale ou la prise en charge thérapeutique individuelle est le signe d’une recherche courageuse de solutions.

COVID19, un trauma qui ne dit pas son nom

Les situations de crise et les traumatismes de guerre furent l’occasion de mesurer l’importance de la prise en charge psychologique des personnes affectées. La période que nous traversons convoque les défenses individuelles face à un événement qui, tout comme lors d’un attentat ou d’un accident, diffèrent selon les profils et le sujet. Au-delà de la dimension purement médicale de ce combat, les réactions sont diverses et doivent impérativement être écoutées, reçues et gérées par des professionnels aptes à maintenir l’équilibre psychologique de la population car le combat n’est pas celui d’une technologie mais celui de la psychologie humaine. 

Toute situation extrême convoque les modalités défensives de chaque individu. Mal préparé à un choc, à un bruit, à un événement violent, le psychisme effracté tente de se maintenir en équilibre à travers sa structure, qu’elle soit de nature névrotique ou psychotique. Prévenir la bascule vers la pathologie et l’éventuel passage à l’acte est donc un enjeu central dans la prise en charge des patients dans un environnement hostile. C’est de cette gestion de l’événement, pendant et après, que dépend la dimension traumatique de ce que vient de traverser le patient (Wilfred Bion). 

Malgré le refoulement ou le déni, au-delà de la dimension purement médicale, la COVID aura déjà affecté toute la population par ses impacts social, économique et psychologique et cela, à la fois d’une façon collective et individuelle à travers la responsabilisation de chacun dans sa capacité de propagation. Propre à créer des situations de psychose, le discours relève d’une injonction contradictoire : de par le message universel qu’il contient, les citoyens doivent se sentir membre d’une communauté, d’un groupe, dans le lien interpersonnel investi, abandonnant alors toute posture oppositionnelle et individuelle…mais dans le même temps, les mesures devant être prises intiment l’ordre d’un repli sur soi et d’une mise à distance de l’autre. 

Le monde actuel forge les nouvelles modalités de l’équilibre psychique. Comme le souligne le Professeur de psychopathologie François Richard dans son ouvrage L’Actuel Malaise dans la culture, l’acte, même virtuel, se constitue en un refuge contre toute forme de dépression et la mise en spectacle s’impose comme un apaisement de l’angoisse (Alexis Rimbaud, Des Mondes numériques au passage à l’acte, ed. De Boeck Supérieur, 2018). 

Le danger est projeté à l’extérieur, sert l’évitement autant de l’affect que de sa représentation qui ne sont plus liés, de par la nature inimaginable (impossible à mettre en image) d’un virus, mais aussi (et c’est là une des raisons de l’échec de la mise en route du confinement) des symptômes de la maladie elle-même qu’aucune image ne représentait du moins à ses débuts. 

Ne pouvant avoir aucune action sur le virus, ni à un niveau individuel, ni à un niveau collectif, les manifestations spontanées bruyantes de joie et de partage se vivent alors comme des réappropriations apaisantes du lien social affecté par le traumatisme mais aussi comme autant de tentatives de reprises de contrôle sur les événements imposés, en particulier ceux qui affectent le déplacement physique, similaire à une entrave. C’est aussi ce qui caractérise le travail des psychologues dans le traitement des PTSD, syndromes post-traumatiques.

C’est là le travail du psychothérapeute que de redonner le pouvoir au patient sur les évènements traversés, pouvoir de présence, organisation de la temporalité et re-liaison des affects et des représentations (Traumatismes psychiques, Louis Crocq, ed. Elsevier Masson, 2014). Mais ce travail thérapeutique doit être mené le plus rapidement possible car contrairement au préjudice quantifié par la judiciarisation, qui constitue une des modalités défensives actuelles de la gestion traumatique, la COVID19 ne peut qu’assez difficilement être traînée devant un tribunal. 

Le caractère immatériel, invisible et volatile de ce virus vient ainsi nourrir un imaginaire très archaïque d’intrusion et de fragmentation, de pénétration et de contamination du corps par des éléments étrangers. Cette peur de l’étrange étranger,  en soi, à notre insu, est celle d’une insupportable et impalpable présence interne qui viendrait affecter les actes, les comportements. Cette présence qui ne dit pas son nom, comme les symptômes eux-mêmes parfois invisibles (asymptomatiques), est celle de cette manifestation impossible à certains de l’inconscient. Il est donc question ici de cette résignation à la perte, envisageable parfois, qui se mue alors en un basculement paranoïde : absence de symptômes alors signe d’une attaque, d’une infection, d’une persécution. D’ailleurs, dans certaines formes de psychoses, ce qui s’impose comme une loi est vécu comme une attaque, et favorise le passage à l’acte hétéro ou auto-agressif, ainsi parfois que le morcellement du corps, qui va alors matérialiser le conflit à cet endroit (plutôt que dans le psychisme). 

La perte est aussi double car elle nous confronte à la croyance religieuse en une médecine magique qui n’aura de cesse que de vanter ses progrès scientifiques linéaires et constants comme un objet autonome et omnipotent, gestion du “corps machine” à réparer, en dehors de toute dimension psychologique, systémique ou interpersonnelle du Sujet. Or, à l’inverse des pays asiatiques qui auront très rapidement articulé le médical au socio-psychologique (voir l’intervention officielle du Pr Raoult sur le COVID19), la France ne souffre pas d’un manque de médecins ou de technologies, mais bien d’un manque de gestion prédictive de la psychologie humaine.

Cette crise met en évidence le caractère humain, social, comportemental et psychologique de la lutte contre la souffrance et la détresse psychologique. Or il y a bien rupture aussi dans le continuum de ces progrès en ce qu’ils réveillent le souvenir que l’on pensait passé, de pandémies dévastatrices et de ravages historiques, ainsi la propagation du COVID 19 est avant toute chose la manifestation d’un dérèglement, d’un chaos et d’une perte de maîtrise des dimensions systémiques, méta-psychologiques et comportementales, voire culturelles, que l’on observe jusqu’à dans la gestion politique de cette crise.

Névrose ou psychose, les mécanismes défensifs structurels sont convoqués et le soutien par des psychologues cliniciens des personnes fragiles ou en difficulté doit être maintenu, comme celui des enfants, y compris par les moyens informatiques les plus simples, mettant alors en pratique la psychologie clinique de terrain ou de guerre, telle qu’elle se pratique durant et après les conflits à travers les techniques groupales ou individuelles des psychologues ou des psychanalystes (Wilfred Bion).

 

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Hypnose : Escroquerie ou thérapie ?

L’hypnose n’est pas  une pratique nouvelle, elle est décrite dans l’antiquité comme dans la culture hindoue, indissociable de certains yogas ou de la transe dans de nombreuses pratiques chamaniques et africaines. Les magiciens de foire et certains médecins utilisent ces techniques qui consistent à solliciter la modification du comportement ainsi que la production d’endorphines inhérentes à l’état de relaxation. Mais en quoi ces pratiques sont-elles des thérapies ? Quels en sont les principes et les mécanismes ? Cette pratique est-elle encadrée par une législation, une formation ou un titre officiel ? 

Jusqu’à Freud qui assista aux expériences du neurologue Jean-Martin Charcot sur l’hystérie, elle permettait non sans un certain crédit, de faire tomber certaines défenses et de plonger des personnes en état de léthargie, ouvertes à la suggestion et à l’exécution d’ordres verbaux ou gestuels. Le neurologue Freud s’émancipa rapidement des pratiques hypnotiques. 

Si ces techniques s’attaquent aux symptômes tels qu’ils sont décrits par le patient à travers sa plainte ou sa demande, elles ne sont en rien des thérapies et le terme hypno-thérapeute joue sur une ambiguïté, celle du titre de psychothérapeute, qui est lui, encadré par texte législatif, celui de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 modifiée relative à la politique de santé publique.

Principes

Pour autant, l’hypnose est un phénomène bien réel et, même si les mécanismes précis en sont encore méconnus, il faut distinguer deux types d’hypnose : celle qui provoque une perte de connaissance et une absence de conscience du sujet, et celle qui permet la relaxation, la parole et l’écoute dans un état de calme favorisé par une oxygénation et un ralentissement du rythme cardiaque. Dans les deux cas, il se passe quelque-chose au niveau de la capacité d’action. Mais, plutôt que de chercher du côté des ‘effets’, intéressons-nous à la typologie du lien qui s’établit entre l’hypnothérapeute et le sujet.Hypnose : Escroquerie ou thérapie ?

Sous l’influence de Freud, la psychanalyse aura très rapidement posé la question de la typologie de cette relation, entre thérapeute et patient. Elle est ainsi décrite comme génératrice d’un rapport de dépendance, position infantile, accordant à celui qui est en charge et qui se présente comme médecin, ou dépendance à la substance (homéopathique), un pouvoir que le patient confie à un « encadrant », un « soutenant » (cf. holding / handling de Winnicott). Sans entrer dans les détails ici, dans certains cas il s’agit de ce que l’on nomme transfert, dans d’autres, projection…

Ce mécanisme qui relie ces deux protagonistes permet, selon les structures et les modes de défense des patients, d’agir sur les comportements et non sur sa valeur symptomatologique. Là où l’hypnose ne s’intéresse qu’à l’abrasion du symptôme, le psychologue s’intéresse à son étiologie, c’est-à-dire à sa raison d’être. Il vient user de la compétence clinicienne pour dénouer la motivation comportementale (les troubles comportementaux étant ceux qui motivent le plus souvent la demande de résolution par l’hypnose). Pour faire court, la psychologie clinique comme la psychanalyse questionnent le symptôme afin de libérer le patient du conflit qui en constitue la raison d’être, la fonction. Là où l’hypnose tente de faire disparaitre le symptôme, avec plus ou moins de succès, le psychologue tente de s’intéresser à la personne, au sujet. 

Formation

Même s’il existe certains enseignements officiels, aucune formation de ce type ne peut se prévaloir d’un diplôme d’Etat. Ces formations de quelques mois sont proposées par des écoles privées, souvent rattachées à des groupes industriels (très actifs et particulièrement prosélytes), mais toujours à grand renfort de communications bien rodées sur les réseaux sociaux et les sites internet. La formation seule des hypnotiseurs n’inclut aucune formation sérieuse à la biologie, ni à la génétique, ni à la neurologie et ne nécessite aucune connaissance ni universitaire, ni même scolaire. Ces pratiques n’impliquent aucunement une connaissance de la nosographie (vocabulaire clinique) médicale ou psychologique, ce qui de fait, interdit toute relation ou inscription dans le parcours de santé. En revanche, certains médecins sachant le peu de risque d’entrave à leur propre pratique, se font parfois aider par des hypnotiseurs, plutôt que par des psychologues diplômés.

Ces pratiques ne sont pas encadrées par un ordre ou une législation. Les personnes pratiquant l’hypnose peuvent en outre être diplômées d’un titre de médecin ou de psychologue mais rien ne les y oblige. Tout le monde peut s’offrir ces formations qui permettent au tout venant de se passer d’études, de connaissances et des validations nécessaires aux titres de psychothérapeute, de psychologue clinicien ou de médecin. J’ai moi-même croisé de nombreuses personnes, hommes ou femmes en complète rupture économique, sociale et scolaire, souffrant de graves troubles psychiques, arborant fièrement ce titre d’hypnothérapeute…

Il est courant d’entendre un discours marchand très vendeur autour de ces pratiques, qui vante toujours « le bien, le bon, le bonheur » du patient, la disparition rapide, ou ultra rapide (en quelques séances) du symptôme. Ce discours très bien marketé répond à une accusation de la psychanalyse ou des prises en charge longitudinales médicales qui permettent d’apprécier la valeur du traitement sur une longue période et en contexte. Cette accusation n’a pas plus de sens que celle qui consisterait à remettre en question le nombre de séances de chimiothérapie ou de rééducation…

Efficacité

L’hypnose est-elle efficace ? Dans certains cas et pour certains patients, il convient de répondre oui… mais la question à poser est : à quel coût  ? Comment le sujet va-t-il exprimer son conflit ensuite ? Durant des siècles, le marabout soignait certains maux de la psyché, comme le chamane aux connaissances holistiques ou parfois le médecin, encore aujourd’hui. Dans de nombreux cas, la disparition d’un symptôme, voire d’une addiction, ne fait que transformer le symptôme, le déplacer. Il est tout à fait possible à tout béotien d’effectuer l’ablation d’un rein (cela c’est vu en situation de crise ou d’urgence absolue), mais comment reconnaître les néphrons, les dysfonctionnements hémodynamiques, et comment agir en cas d’hémorragie ?

Si la question de la fonction du symptôme n’est pas posée, le conflit, le mal-être, pourra resurgir sous d’autres formes. En matière de souffrance psychique, c’est nier ce qui fait la spécificité d’un sujet, d’une personne, que de ne s’intéresser qu’à son symptôme, et souvent à sa demande apparente. C’est en cela que la psychologie clinique d’orientation psychanalytique est à contre-courant d’un système marchand et à contre-courant de notre époque tout court. La popularité de l’hypnose, comme d’ailleurs celle des techniques comportementales, vient en écho d’un monde de la consommation plus que celui du soin. La médecine du psychisme elle-même souffre de ses propres maux et les temps de prises en charge toujours plus réduits, les traitements encore plus expéditifs, sont à des années-lumière de la temporalité et de la compétence nécessaires à la disparition de la souffrance.

La connaissance du phénomène induit par le rapport soignant / soigné n’est révélé qu’assez rarement. Seule la psychanalyse entrouvre cette porte dans l’étude du transfert, du contre-transfert ou du « désir du psychanalyste », pour le dire en termes plus lacaniens. Mais les temps changent, et à bas-bruit, et en particulier depuis la crise sanitaire, de nouvelles paroles se font entendre de la part des médecins eux-mêmes, qui réclament que de nouvelles formations soient réouvertes, comme elles le furent jusqu’aux années 80′. 

 

Déontologie

La formation des hypnothérapeutes s’adresse elle-même le plus souvent à des personnes en échec scolaire ou social qui tentent de contourner un cursus universitaire dont la dimension symbolique est souvent effrayante. La position de contrôle de l’Autre, que procure le praticien de l’hypnose vient souvent palier à une perte de maitrise de soi et de sa propre existence sociale, économique et le plus souvent identitaire.
Il est extrêmement paradoxal de parler d’une pratique déontologique qui consisterait à manipuler le patient, à lui faire perdre tout libre arbitre, dans un but thérapeutique. Pour ma part, je pense que la formation aux métiers de la santé est longue et « coûteuse » en terme de savoir et de position, mais elle forme à l’indépendance et à la confrontation aux pairs, à la connaissance et au savoir partagé en mouvement, tout en le questionnant dans une démarche épistémologique et pluridisciplinaire. Il me semble important de soigner plus que de répondre aux attentes ou à la plainte. Il en va de notre responsabilité. Autrement dit, la démarche symptomatique à elle seule ne suffit pas même si elle peut, dans certains cas, ouvrir vers un travail de fond plus thérapeutique.

 

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Peur de l’abandon

« De l’amour maternel dépend la réalisation de l’amour adulte« . Depuis les travaux de référence du psychiatre psychanalyste Donald Winnicott, mais aussi les études de Mélanie Klein, les rapports mère / enfant constituent un socle de la psychopathologie adulte. De ces rapports dépendent souvent l’équilibre psychique des enfants et des futurs adultes, leur crainte de l’abandon et du manque, la capacité de gérer des angoisses ou le style des rapports amoureux

Les écrits fondateurs de Donald Winnicott, héritier de Mélanie Klein, (1956) furent très vite empruntés par de nombreux psychologues et psychanalystes, tant Françoise Dolto que Serge Lebovici ou Bernard Golse. Dans l’article « L’observation des jeunes enfants dans une situation établie », tiré de « De la pédiatrie à la psychanalyse », (Payot, 1969), mais aussi dans « La capacité d’être seul », Winnicott invente de nombreux concepts particulièrement complexes dont on aura résumé bien trop vite les conséquences sociétales et comportementales. La pensée de Winnicott ne peut se résumer à des directives comportementales et les notions de « holding » et de « handling » décrivant les indispensables soins de la mère avec son bébé sous-tendent une multitude de dimensions dans lesquelles les rapports inconscients, de lien et de co-création occupent une place primordiale. De même, comme dans toute clinique et recherche étiologique de ce type, il ne s’agit pas d’une mise en accusation (de la mère), mais à l’opposé, d’un ensemble d’outils pour comprendre la souffrance de la mère, de l’enfant qu’elle fut, comprendre la nature de ce qui ne se dit pas dans cette relation mère/enfant et l’importance essentielle de ce rapport dans la construction de son enfant. Il est donc ici question d’écouter la mère, de lui donner la parole. Il y a de l’amour dans la relation mère enfant, y compris dans les pires cas de maltraitance, y compris lorsque cet amour fait naître une angoisse d’abandon et une incapacité chez l’enfant à être seul ou à calmer ses pires angoisses.

Ce que la mère pense être de l’amour, cette intense préoccupation, peut ainsi s’exprimer en un rapport destructeur dans lequel l’enfant n’a plus de place et où les angoisses inconscientes de la mère se manifestent. Winnicott parle de moments schizoïdes, périodes de dissociation… moments qui sont dirigés vers le bébé, et qui, dans le cas d’un lien « sain » permettent au nourrisson de se constituer un moi, une enveloppe psychique de bonne qualité. Ces éléments de psychopathologie occupent une grande place dans les prises en charge d’adultes. Donald Winnicott étudie le rapport à la mère dans son évolution au fil du développement du nourrisson et construit une clinique de ce moment constitutif du bon développement. L’enfant est un être en dépendance. Il ne choisit pas son environnement et doit dès les premières minutes d’existence, comprendre les mécanismes pouvant lui permettre de satisfaire ses besoins physiques et psychiques. Ce nouage est au cœur de nombreuses pathologies de l’enfance et il s’imprime de façon profonde dans les comportements des futurs adultes.

Ce rapport à l’enfant ne peut être analysé qu’à un niveau comportemental. Nous pourrions même affirmer que ces manifestations pathologiques « visibles » de la mère sont parfois les moins complexes à soulager. Les gestes et les soins prodigués par la mère, mais aussi parfois par le père, sont ceux guidés par le vécu inconscient des parents, leurs propres angoisses refoulées, leurs carences elles-mêmes générées par des comportements défensifs de vouloir faire « le contraire » de ce qu’ils ont eux-mêmes vécu. L’enfant est alors l’enjeu (ou le jouet) d’un investissement qui le submerge et dans lequel il n’a en réalité que peu de place. Il reçoit en héritage le miroir de ce qu’une pathologie aura préalablement imprimé sur la mère et dont elle pense pouvoir se défaire en agissant à l’opposé des carences qu’elle aura elle-même vécues. Or il n’y a là qu’une répétition, cette fois en miroir inversé, répétition qui vise la résolution d’un conflit de la mère et non de son enfant, une fois de plus seul, à l’instar de ce qu’elle aura vécu puis refoulé, et le cercle vicieux se répète…

C’est avant toute chose cette dimension inconsciente que l’enfant reçoit de son parent aidant, que Freud nommait le Nebenmensch. Ce rapport de la mère à ses propres fantasmes et angoisses est le premier héritage de l’enfant.

Madame R. vient en consultation me réclamer de l’aide avec sa fille Charlotte, 6 ans, qui « lui fait » des crises toujours plus violentes lors du coucher, et qui, en tout état de cause, conduit la mère à dormir avec son enfant dans son lit ou à côté d’elle.

Winnicott décrit le rapport à la mère comme un équilibre entre le « trop » et le « pas assez ». Un équilibre qui peut sembler évident pour la plupart des mères « suffisamment bonnes » (selon l’expression de Winnicott), beaucoup moins pour des parents toxiques, ou souffrant eux-mêmes de carences, d’angoisses, d’agressivité non métabolisée…

L’enfant doit pouvoir manifester ses besoins primaires à travers les moyens qui sont à sa disposition (cris, pleurs, et parfois énurésie ou plus tard comportements agressifs) mais, si la mère doit y répondre, elle doit aussi laisser l’enfant construire les mécanismes de fantasmatisation nécessaires à la formation de son appareil psychique. En laissant à l’enfant la place de désirer, de construire une demande, la mère contribue à l’aider à se constituer un monde intérieur et une intimité. Ce monde qui s’organise selon un schéma intrapsychique solide, permet à l’enfant de faire exister des objets internes fantasmés, objets de désirs, objets d’amour. Winnicott parle de la « mère suffisamment bonne » qui saura à la fois témoigner de sa présence et d’un lien indéfectible, et d’une absence salvatrice, permettant à l’enfant de se développer sans angoisse. C’est dans cet équilibre, que l’enfant peut s’autonomiser, sans terreur d’abandon, ni angoisse de l’absence.

Madame R. est suivie par un confrère auquel je l’ai adressée, non sans beaucoup de résistance de sa part. Après quelques mois de suivi, elle s’ouvre enfin à l’histoire de la naissance de sa fille et à la sienne. Issue d’une fratrie de 4 enfants, Madame R. est la plus jeune et sa venue dans la famille vient clôturer le désir de ses parents « d’avoir une fille ». Mais sa naissance succéda aussi au décès d’un petit frère, mort né, dont la famille s’est difficilement remise.

Dans son désir d’avoir un enfant, Madame R. aura aussi refoulé une fausse couche qui survint six mois avant la naissance de Charlotte. La douleur de cette perte venait en écho de sa propre histoire familiale, qui la fit sombrer dans une profonde dépression, jamais prise en charge. L’angoisse de perdre son second enfant eut de dramatiques conséquences sur la naissance de Charlotte. Cette angoisse inconsciente fut au centre de la naissance, et prit très vite la place des besoins primaires du nourrisson.

Madame R. ne supportait pas l’idée de laisser Charlotte, deux ans, seule. Sans se le formuler ainsi, elle n’était en rien préoccupée par l’expression de son enfant, mais gavait le nourrisson dès qu’une crainte l’envahissait. Les manifestations de l’enfant lui étaient insupportables et elle le faisait taire par tous les moyens à sa disposition dès sa naissance, devançant l’expression de la moindre plainte, apaisant ainsi ses propres angoisses très archaïques de perte. Pour la mère, dormir aux côtés de sa fille lui permit assez vite d’apaiser ses propres angoisses et de faire taire sa fille… aggravant la dépendance de cette dernière par le même mécanisme.
Dénouer ces traumatismes dans la thérapie fut une étape importante pour la dyade mère / enfant. Après quelques mois de cette double prise en charge, la petite Charlotte put enfin se coucher seule et trouver le sommeil sans encombre.

Si Winnicott nous apprend à écouter l’enfant et surtout à entendre l’enfant que fut la mère, notre formation nous permet aussi de comprendre le parcours d’adultes ayant eux-mêmes Cété objet de mères abusives ou toxiques. Cela se traduit souvent par une incapacité à être seul, et donc à vivre la relation à l’autre. Les mères pathologiques ne permettent pas à l’enfant de vivre leur condition d’enfant. Ces enfants sont très vite des adultes, ou de faux adultes (faux-self), auxquels on aura demandé d’occuper une place inappropriée afin d’apaiser les angoisses de parents carentiels, eux-mêmes dans l’incapacité à occuper leur place d’adulte. Le cycle se reproduit ainsi dans de vaines tentatives de réparations, ou se manifeste parfois dans le corps en une difficulté à procréer. C’est souvent ce qui se produit dans des situations matures de responsabilité. Il est commun, pour des cliniciens thérapeutes aguerris, de  pouvoir permettre à une femme de s’autoriser enfin à mettre au monde un enfant, après un véritable travail de dénouage… Mais le travail de l’inconscient à travers les méthodes thérapiques permet de s’extraire de ces répétitions et de briser ce cercle pathologique. Les parents soucieux de la santé de leurs enfants ont parfois le courage de s’y atteler.

En son temps, R. DIATKINE (1994) avait pu dire que pour que l’enfant soit, un jour, capable de symboliser (de se représenter) la mère absente, il fallait qu’il ait, d’abord, bénéficié d’une grande quantité, et d’une grande qualité, de présence maternelle, ce qui sous-entendait que la mère voit donc son statut passer de celui d’objet contenant à celui d’un objet contenu, mais d’un objet contenu exerçant peu à peu, grâce à son intériorisation progressive par l’enfant, sa fonction contenante à partir de l’intérieur même de la psyché de l’enfant.

De la symbolisation primaire à la symbolisation secondaire. Bernard Golse

Winnicott, D.W., (1958). « La capacité d’être seul ». In De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris : Payot, 1969, 205-213

Françoise Dolto sur France Culture

L’arbre de vie : Eléments de la psychopathologie du bébé

Identification primaire et imago maternelle par Gregorio Kohon, sur le site  CAIRN

Qu’est ce que la psychanalyse ?

La psychanalyse est, depuis sa création, décriée et critiquée. Bien peu de personnes savent en parler et pourtant, des millions d’entre-elles sont régulièrement soignées, libérées et soutenues dans leur quotidien par la psychanalyse et parfois, dans le plus grand secret.

J’ai reçu une formation scientifique, doublée d’un cursus de psychologue clinicien psychanalyste. Expert près la Cours d’Appel de Versailles et chargé d’enseignement à l’Université Paris 7 Diderot, je voudrais répondre ici en quelques phrases simples, aux questions légitimes que se pose celui qui n’a de la psychanalyse qu’une connaissance médiatico-médiatique issue d’internet ou ceux qui ne l’auront ni étudiée, ni éprouvée, ou qui ne connaissent rien à la prise en charge psychothérapeutique.

Si mon approche de la psychologie est d’orientation psychanalytique, c’est que j’ai constaté, devant moi, face à moi, comme beaucoup d’autres professionnels, parfois issus de la médecine, que les principes de la psychanalyse éclairent et soignent la souffrance humaine. Il n’y a pas d’autre raison. Il ne s’agit pas là d’une croyance, ou d’un prêche, mais du métier que je pratique et qui me met en contact avec des personnes en souffrance depuis de nombreuses années. La psychanalyse s’impose comme toutes les sciences, en perpétuel mouvement. Les technologies sont en lien avec la médecine, comme l’est la psychanalyse, qui toujours vient éclairer le fonctionnement de la psyché humaine.

Je réponds ici à ces questions dans un dialogue imaginaire, comme elles pourraient se poser lors des premières années d’études à l’Université à ceux qui décident d’aborder le métier de psychologue. Mais ces questions sont aussi celles de ceux qui s’interrogent sur ce que renferme cette méthode analytique qui demeure l’une des plus passionnantes de l’histoire du soin, et à laquelle la médecine vient discrètement se nourrir depuis des siècles, tout en en critiquant parfois l’efficience. Freud était un neurologue, il puisa et structura la méthode analytique afin de soigner là où la médecine de son temps était totalement inefficace. Lacan était un médecin psychiatre, il fit face à l’inefficacité de certaines prises en charge et à l’absence de véritable modèle clinique. Aujourd’hui, malgré les récentes découvertes, l’imagerie médicale, les neurosciences, etc… c’est toujours le cas : Le modèle de la médecine seule demeure insuffisant face à la maladie psychique, elle peut au mieux, en atténuer les symptômes : la boulimie, l’anorexie, la dépression, la psychose, les syndromes post-traumatiques, l’addiction, le suicide… La psychanalyse propose un modèle scientifique de l’appareil psychique qui n’a pour l’instant, aucun équivalent, ni en termes de clinique, ni en termes d’explications étiologiques des troubles.

A quoi ça sert de parler ?

Parler de la parole c’est comprendre que le discours renferme plus de dimensions que le seul sens qu’on pense lui donner, il existe donc une partie de ce qui est dit qui nous échappe, c’est certainement ce qui nous distingue encore de la machine. Or, c’est ce qui pose problème : certains pensent qu’il suffit de s’exprimer clairement pour être compris. Une fois de plus, ce mode d’échange est celui de l’informatique, non celui des êtres humains. Comme dans la parole, nos actes, nos choix, nos engagements, nos répétitions, nous échappent pour partie. C’est une idée particulièrement dérangeante pour certains, que de penser qu’ils n’ont pas tout pouvoir sur ce qui motive les actes et que cela demande un effort pour y accéder, et tenter de comprendre pourquoi l’on répète et l’on échoue. D’autres se questionnent sur leurs échecs, leurs répétitions, impasses et la source de leurs souffrances, et souhaitent véritablement se sortir de ces situations.

Qui peut nier la force de la parole ? Dans l’interdit, dans les soins de la mère, dans celle du grand-père ou de l’être aimé, celle qui détruit et avilit, celle qui reconstruit, qui libère et qui dévoile, celle qui construit le corps et qui le meurtrit… la parole absente qui plonge dans d’obscurs abîmes de déréalité, et puis cette parole qui nous échappe toujours, preuve d’une perte, d’une séparation.

Pour faire simple, le psychanalyste écoute le discours en filigrane, celui qui se raconte au-delà de ce qui est dit, il écoute TOUTE la parole de l’analysant, ce qu’il tente de dire sans y parvenir, ce à quoi il tente d’accéder lui-même mais qu’il ne peut entendre (et qui le fait souffrir), ce qu’il aurait voulu dire à un autre, et qu’il va enfin dire ici… et surtout, aux associations qui vont surgir lors de la séance entre les phrases et les mots, et à leurs conséquences qui laissent entrevoir les mécanismes inconscients.

La psychanalyse est-elle une science exacte ?

La psychanalyse n’est pas plus une science exacte que la médecine, mais elle s’articule avec les connaissances médicales et offre une lecture étiologique et une méthode.

La psychanalyse est et demeure à contre-courant, pour une raison assez simple : elle tente de libérer les hommes et les femmes en donnant accès à leur propre destin, et à travers ce même mouvement, elle s’attaque à ce qui fait souffrir et entrave ce but. C’est en grande partie la raison des polémiques autours de la psychanalyse. Elle réclame de la part de l’analysant, une position d’humilité et de courage.

La psychanalyse est-elle réservée à une élite ?

Il n’est pas simple de parler de ce qu’est la psychanalyse car elle ne se vend pas, elle ne demande rien, ne revendique rien sinon la possibilité pour chacun de choisir son destin. Elle est efficace en redonnant à la personne le contrôle de sa vie sans l’aide d’une quelconque industrie ou institution.

Au fil des années, j’ai observé la violence des attaques envers la psychanalyse, cela à toujours été le cas. On attaque  ses représentants sans même en avoir étudié les travaux, Freud, Lacan, Winnicott, Mélanie Klein et tant d’autres… pour y préférer les discours simplistes des marchands, interdisant du même coup au plus nombreux, l’accès à ces soins.

De formation scientifique, voici pourtant plus de 30 ans que j’en traverse l’acuité et la véracité clinique sans jamais y avoir constaté aucune impasse tant sur les plans théorique que psychothérapique. La psychanalyse n’est donc pas réservée à une élite intellectuelle argentée, elle se pratique encore dans certains Centres Médicaux Psychologiques (CMP) et est donc prise en charge par la sécurité sociale dans ce cadre. Le fait qu’elle soit de moins en moins présente dans les centres  médicaux et qu’elle ne soit pas ou peu remboursée en cabinet privé est un choix politique.

Les psy sont des escrocs, c’est une croyance !

Les psychanalystes sont décriés, ridiculisés, caricaturés, tant mieux. Leur formation universitaire à la psychologie est rendue toujours plus ardue et elle est une référence dans le monde scientifique au point que la formation des psychiatres demeurant incomplète face aux maux du psychisme, nombreux se forment à la psychanalyse, tentant de parfaire une formation bien pauvre en terme d’étiologie et de clinique, se raccrochant à la neuropsychologie afin de vérifier des thèses défendues par Freud il y a plus d’un siècle.

Aucune psychiatrie n’est en mesure de traiter la plupart des affections communes sauf à (parfois) éradiquer leurs seuls symptômes au prix de traitements chimiques très coûteux en terme d’effets secondaires métaboliques, psychiques et financiers.

La psychanalyse vient justement s’articuler avec la médecine tout en positionnant le praticien à une place exactement opposée… oui je sais, c’est compliqué.

Le patient qui souffre consulte-t-il un psychologue ou son médecin de famille ? Vous avez la réponse ? Alors en qui croit-il ?

Nous vivons une époque de la religion médicale et scientiste. L’espérance en un monde apaisé et heureux nourri par les progrès de la science et de la médecine est une utopie. Depuis Copernic, puis Einstein, nous savons que tout modèle scientifique est une œuvre de construction transitoire. La psychanalyse raconte l’homme en ce qu’il est un être de langage et de pensée. Elle libère justement de la croyance et émancipe en proposant à chacun de se rendre autonome et libre. C’est en cela qu’elle est une science au sens éthique de ce mot et qu’elle demeure une méthode résolument subversive.

Pour aller plus loin :

Lien consœur : Marianne Carabin, Psychanalyste, Qu’est-ce que la psychanalyse ?

Un ouvrage passionnant de Simone Korff-Sausse,  Dialogue avec mon psychanalyste, paru en 2005

Simone Korff-Sausse est psychanalyste, membre de la SPP. Docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, elle est maître de conférence à l’université Denis Diderot Paris 7. Elle a une longue expérience auprès de personnes handicapées et de leur famille. Elle a notamment publié Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste (Paris, Calmann-Lévy, 1996) et, avec Cécile Herrou, L’intégration collective de jeunes enfants handicapés (Toulouse, érès, rééd. 2007) sur son expérience dans la halte-garderie La maison Dagobert.

Alain Vanier, Une introduction à la psychanalyse, ed. Armand-colin. A. Vanier est Docteur en médecine (AIHPP, Ancien Psychiatre des Hôpitaux), docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, Habilitation à diriger les recherches. Il commence une analyse en 1970 et fréquente l’École freudienne de Paris. Il est aujourd’hui analyste membre d’Espace analytique (A.F.P.R.F)