Qu’est-ce qu’un psychologue clinicien ? Que signifie le mot « clinicien » ?
Premier point : la formation
La psychologie clinique est une discipline scientifique adossée à la recherche universitaire, et une profession dont le titre est protégé par la loi n°85-772 du 25 juillet 1985. L’usage du titre de psychologue est strictement conditionné à l’obtention d’un diplôme universitaire de niveau master comportant une formation théorique, méthodologique et clinique approfondie, ainsi que des stages professionnalisants. Le psychologue clinicien est donc titulaire d’un DESS ou d’un MASTER 2 en psychologie clinique. Il est le seul à pouvoir évaluer, diagnostiquer et orienter le patient car il est formé à la clinique, c’est-à-dire à l’analyse précise des symptômes, contrairement aux psychologues spécialisés ou spécialistes (comme les psychologues scolaires, psychologues du développement, psychologues comportementalistes) qui ne peuvent traiter que les afflictions liées à leur spécialité. Le clinicien est formé à la psychothérapie adaptée aux troubles spécifiques de son patient. Il peut dialoguer avec un médecin au besoin car il maitrise la nosographie psychiatrique (le vocabulaire et la dénomination des troubles dans le domaine médical).
Celui qui se fait appeler « Psychologue » est donc psychologue clinicien. Le spécialiste, lui, doit déontologiquement spécifier sa spécialité afin d’éviter toute confusion possible sur son champ de compétence.
Les pratiques commerciales et les titres farfelus autour de la santé mentale foisonnent. On y trouve souvent pêle-mêle diverses approches d’écoles et de groupes privés, coach, PNL, Hypnose, Approche Jungienne… une quantité importante d’industriels dispensent ainsi des titres trompeurs, des formations de quelques mois à quelques années, permettant de revendiquer un pseudo-titre mais ne donnant pas accès au titre de psychologue. Il n’existe pas non-plus de « psychopraticien »… « certifiés ». Ce titre relève d’une pratique trompeuse au sens des articles L121-2 et L121-3 du Code de la consommation, qui prohibent les pratiques susceptibles d’induire le consommateur en erreur sur la nature, les caractéristiques ou les qualifications des services proposés, et pour partie, d’une usurpation du titre de psychologue sans remplir ces conditions, ce qui constitue une infraction pénale (art. 433-17 du Code pénal), passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Dans le domaine de la certification du titre, contrairement au Canada ou à d’autres pays non-francophones, la France ne simplifie pas l’accès à la compréhension de ce qu’implique le titre protégé de psychologue clinicien. Ce flou permet de jouer sur l’ambiguïté du terme « psy« .
Les pouvoirs publics français alertent régulièrement sur les dérives possibles dans les domaines du « bien-être », de la « bienveillance », du traitement « positif »… ciblant précisément les personnes fragiles ou en errance thérapeutique, dérives sectaires et escoqueries de toutes sortes dénoncées par la Mivilude, par exemple. L’encadrement, le respect du statut professionnel, la traçabilité des qualifications et des titres constituent des enjeux particulièrement importants pour la protection des patients.
Ainsi, convient-il d’être très attentif, en particulier sur les sites de référencement tels que Doctolib qui n’exigent pas la divulgation de la spécialisation et entretiennent donc une confusion par l’utilisation du terme « psychologue », prétendument clinicien… mais en réalité « psychologue du travail », « psychologue du développement », « psychologue social ». Ces praticiens ont fréquemment renoncé au cursus de Psychologie clinique, assez exigeant, et par choix, ont préféré une sous-branche, une seule spécialité, ce qui peut parfois désorienter le patient. Comme précise le décret : Décret n°90-255 du 22 mars 1990 : « Ont le droit en application du I de l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985 susvisée de faire usage professionnel du titre de psychologue en le faisant suivre, le cas échéant, d’un qualificatif »
Or, la question de la formation et de la compétence est centrale dans le respect de la hiérarchie des savoirs. Un psychologue social n’est pas formé au traitement de l’hyperactivité ou de la dépression, un psychologue scolaire non-plus, un coach ne connait rien aux troubles bipolaires, à l’anxiété, ni aux phobies….
Pourquoi le cursus de psychologue clinicien est-il si important ?
S’il implique une masse de savoir sur un minimum de 5 années dans le cadre d’un Master 2 (Neurologie, génétique, psychologie du travail, psychologie dans le champ social, épistémologie, phénoménologie, psychanalyse, nosographie psychiatrique…), il implique aussi une expérience obligatoire minimum de 850 heures de terrain, stage en institution publique (Hôpitaux, Centre Médico-Psychologiques…). Cette expérience est non seulement indispensable, mais formatrice quant à la prise en charge de la psychopathologie dans le cadre institutionnel, et elle permet au professionnel de s’inscrire dans un parcours de santé, au milieu des autres professionnels (psychomotriciens, ergothérapeutes, assistante-sociale…).

Formation et orientation du psy
Second point : l’expérience de la prise en charge en institution
La formation universitaire est donc composée de stages en institutions hospitalières sur plus de 850 heures en équipes, encadrées par des tuteurs et des référents médecins et psychologues seniors. Ce parcours est non seulement formateur et riche en expériences, mais il impose au futur psychologue, une capacité à dialoguer dans le cadre de prises en charge pluridisciplinaires, à en comprendre aussi les mécanismes gestionnaires et industriels, éthiques et moraux. En France, les services médicaux publics sont, à de rares exceptions près, dirigés par des chefs de service médecins, eux-mêmes encadrés par des cadres de santé gestionnaires.
Mais qu’en est-il de l’orientation du psychologue clinicien ?
La psychologie clinique s’est structurée à partir du 19ᵉ siècle sous l’influence de psychologues d’orientation psychanalytique qui souhaitaient mieux délimiter leur domaine d’intervention. La psychologue et psychanalyste Danièle Brun explique ainsi : « La médecine, à quelque époque que ce fût, n’a, il est vrai, jamais rien voulu céder de son hégémonie sur le corps. À la fin du 19ᵉ siècle, il a fallu toute l’énergie et la détermination d’un Freud pour prendre ses distances et pour sortir l’hystérie du champ de la médecine qui se montrait impuissante depuis de longues années, pour ne pas dire des siècles, à la guérir. La psychanalyse a donc trouvé ses assises sur une reconnaissance de la distinction entre lésionnel et fonctionnel au nom de laquelle l’hystérie perdit son statut de maladie organique. Rien de tel apparemment en pédiatrie où les maladies graves ont longtemps mené les enfants à la mort jusqu’au moment où, les progrès thérapeutiques aidant, l’obtention de leurs survies prolongées puis définitives s’est accompagnée d’une prise de conscience de l’influence des parents sur le devenir de la maladie guérie et, plus généralement, des effets de la maladie sur leur destin. » Revue en ligne CAIRN
Aujourd’hui, la psychologie clinique est un enseignement distinct de la médecine. Il n’y a aucun enseignement de psychologie ou de psychanalyse dans le cursus de médecine, ni même dans celui de psychiatrie. De fait, il n’existe quasiment plus de psychologues dans les services hospitaliers, en particulier en psychiatrie. Si les psychiatres sont bien présents, la prise en charge psychologique tend à disparaitre du parcours de santé au profit d’une médication quasi systématique. L’application d’un savoir pluridisciplinaire et spécifique des thérapies psychologiques est jugée trop longue et souvent trop coûteuse par le pouvoir public. En pratique, il n’en est rien, bien au contraire.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, en lieu et place de psychothérapies, les patients sont parfois orientés vers des infirmiers en pratiques avancées (IPA) sans formation à la psychologie ou à la psychopathologie, qui généralement se targuent de pouvoir prendre en charge aussi bien les injections retard, les prises de sang, que la psychothérapie, auxquels on confie la prise en charge, singeant les attitudes des psychologues. Le psychologue est occasionnellement supplanté par des brancardiers (j’ai reçu des demandes de supervisions de certains), vers des hypnothérapeutes, ou des neuropsychologues d’orientation comportementale (TCC) formés aux tests psychotechniques.
La psychologie clinique et la psychopathologie sont les bases fondamentales de l’accueil et de l’écoute de la souffrance du patient. L’abandon progressif de ces compétences explique pour partie l’état actuel particulièrement préoccupant de la prise en charge des souffrances psychiques et des troubles mentaux en institution.