J’ai des difficultés dans mon couple

Contrairement à l’idée reçue, le couple n’est pas l’addition de deux personnes. Il est un autre lieu, celui des fantasmes et de l’idéal, celui des illusions et des émancipations, enfin, celui du mouvement. Tous ces éléments forment un objet indépendant dont l’équilibre dépend souvent des capacités d’adaptation et du désir qui persiste au fil du temps. Je parle donc ici du désir, et non de la sexualité. Mais alors qu’est-ce que le désir ?

La plupart des personnes qui viennent me consulter attendent de mon intervention une issue à leurs difficultés au sein du couple. En réalité, ce qui se joue là n’est pas la factualité, la réalité, le quotidien de ce qui est vécu, mais bien au contraire, ce qui échappe totalement à la connaissance de ce qui forme ce couple. C’est pour cette raison qu’ils ont besoin d’un tiers et d’une compétence spécifique très différente de celle que peut prodiguer un médecin ou un coach.

Les difficultés au sein du couple ne peuvent se résumer à une somme de plaintes ou de récriminations pointant les convergences ou les divergences de points de vue ou de comportement. Les turbulences  qui bousculent le couple qui semblait jusqu’alors fonctionner, ou parfaitement dysfonctionner, proviennent souvent d’une prise de conscience progressive, souvent d’une émancipation d’un membre ou des deux, d’un événement qui fera évoluer la situation, parfois suite  à un travail personnel chez un psychologue ou un psychanalyste.

En dépit de ce qu’on affirme être les raisons de ce choix, ce qui fait que nous choisissons un partenaire nous échappe et reste inconscient, toujours et heureusement, car elles révèlent un manque, un conflit, un besoin, qui justement, pourraient se rejouer, se retrouver ou se réparer dans le couple à travers ce puissant désir de modifier son propre destin dans la rencontre.

Pour les psychanalystes, le Désir n’est donc pas une manifestation (comme dans la sexualité), mais bien ce qui la motive, qui nous échappe, qui peut donc prendre de nombreuses formes.

Se formuler ces raisons est impossible car c’est justement ce mystère qui fonde la solidité du couple en dehors de toute dimension morale. S’il était possible de formuler ces raisons, il suffirait de remplir des fiches et de rechercher une correspondance avec une personne, or c’est ce que tentent de nous vendre les sites de rencontre, qui en tout état de cause, confondent les êtres humains que nous sommes, avec des machines mathématiques et rationnelles. Dans le cas des rencontres internet, c’est toujours la dimension qui échappe qui fonde la véritable rencontre, même lorsque deux partenaires se ressemblent à l’évidence.

C’est pour cette raison que le fonctionnement du couple relève de l’intimité des conflits intérieurs et nécessite une compétence très éloignée du jugement social, culturel ou moral de l’époque. C’est à travers ce travail avec le psychologue clinicien que la thérapie de couple permet de dénouer les impasses, et les dépasser. C’est aussi pour cette raison que ces conflits qui font souffrir le couple ne sont pas souvent accessibles aux sujets qui viennent me consulter. “Je suis avec cette femme car elle ressemble à ma mère, elle est de ma culture et de mon rang, mais en conséquence je n’éprouve pas de désir sexuel pour elle...”, “je suis avec cet homme pour lequel j’éprouve une grande attirance car il me maltraite et me dénigre comme dans un modèle que je connais déjà…“, “ce compagnon me permet enfin de m’extraire de mon héritage familial…“, “…je reste avec ce partenaire car je ne peux m’avouer qu’il ne sera jamais disponible (car il est déjà marié, par exemple…), et de fait, je préfère m’en plaindre plutôt que de m’avouer que  je suis incapable de m’engager avec un homme qui serait libre…“.

Car former un couple c’est aussi pouvoir renoncer à une position pour en choisir une autre, passer de celle de “fille de sa mère”, à celle de “mère de sa fille”, et pour le garçon, de la position de fils, à celui de père (et prendre donc sa place)…

Le couple est donc l’apprentissage de la perte, du changement, de l’autonomie puis de la re-construction possible à travers un lien qui n’est plus filial mais choisi et donc, responsable.

Le parcours familial, personnel,  la transmission et plus encore, la dimension transgénérationnelle sont  donc au cœur de ce travail chez le psychologue, qui permet de modifier le cours de l’histoire individuelle comme celle de cette entité que l’on nomme “le couple”.