Qu’est ce que la psychanalyse ?

La psychanalyse est, depuis sa création, décriée et critiquée. Bien peu de personnes savent en parler et pourtant, des millions d’entre-elles sont régulièrement soignées, libérées et soutenues dans leur quotidien par la psychanalyse et parfois, dans le plus grand secret.

J’ai reçu une formation scientifique, doublée d’un cursus de psychologue clinicien psychanalyste. Expert près la Cours d’Appel de Versailles et chargé d’enseignement à l’Université Paris 7 Diderot, je voudrais répondre ici en quelques phrases simples, aux questions légitimes que se pose celui qui n’a de la psychanalyse qu’une connaissance médiatico-médiatique issue d’internet ou ceux qui ne l’auront ni étudiée, ni éprouvée, ou qui ne connaissent rien à la prise en charge psychothérapeutique.

Si mon approche de la psychologie est d’orientation psychanalytique, c’est que j’ai constaté, devant moi, face à moi, comme beaucoup d’autres professionnels, parfois issus de la médecine, que les principes de la psychanalyse éclairent et soignent la souffrance humaine. Il n’y a pas d’autre raison. Il ne s’agit pas là d’une croyance, ou d’un prêche, mais du métier que je pratique et qui me met en contact avec des personnes en souffrance depuis de nombreuses années. La psychanalyse s’impose comme toutes les sciences, en perpétuel mouvement. Les technologies sont en lien avec la médecine, comme l’est la psychanalyse, qui toujours vient éclairer le fonctionnement de la psyché humaine.

Je réponds ici à ces questions dans un dialogue imaginaire, comme elles pourraient se poser lors des premières années d’études à l’Université à ceux qui décident d’aborder le métier de psychologue. Mais ces questions sont aussi celles de ceux qui s’interrogent sur ce que renferme cette méthode analytique qui demeure l’une des plus passionnantes de l’histoire du soin, et à laquelle la médecine vient discrètement se nourrir depuis des siècles, tout en en critiquant parfois l’efficience. Freud était un neurologue, il puisa et structura la méthode analytique afin de soigner là où la médecine de son temps était totalement inefficace. Lacan était un médecin psychiatre, il fit face à l’inefficacité de certaines prises en charge et à l’absence de véritable modèle clinique. Aujourd’hui, malgré les récentes découvertes, l’imagerie médicale, les neurosciences, etc… c’est toujours le cas : Le modèle de la médecine seule demeure insuffisant face à la maladie psychique, elle peut au mieux, en atténuer les symptômes : la boulimie, l’anorexie, la dépression, la psychose, les syndromes post-traumatiques, l’addiction, le suicide… La psychanalyse propose un modèle scientifique de l’appareil psychique qui n’a pour l’instant, aucun équivalent, ni en termes de clinique, ni en termes d’explications étiologiques des troubles.

A quoi ça sert de parler ?

Parler de la parole c’est comprendre que le discours renferme plus de dimensions que le seul sens qu’on pense lui donner, il existe donc une partie de ce qui est dit qui nous échappe, c’est certainement ce qui nous distingue encore de la machine. Or, c’est ce qui pose problème : certains pensent qu’il suffit de s’exprimer clairement pour être compris. Une fois de plus, ce mode d’échange est celui de l’informatique, non celui des êtres humains. Comme dans la parole, nos actes, nos choix, nos engagements, nos répétitions, nous échappent pour partie. C’est une idée particulièrement dérangeante pour certains, que de penser qu’ils n’ont pas tout pouvoir sur ce qui motive les actes et que cela demande un effort pour y accéder, et tenter de comprendre pourquoi l’on répète et l’on échoue. D’autres se questionnent sur leurs échecs, leurs répétitions, impasses et la source de leurs souffrances, et souhaitent véritablement se sortir de ces situations.

Qui peut nier la force de la parole ? Dans l’interdit, dans les soins de la mère, dans celle du grand-père ou de l’être aimé, celle qui détruit et avilit, celle qui reconstruit, qui libère et qui dévoile, celle qui construit le corps et qui le meurtrit… la parole absente qui plonge dans d’obscurs abîmes de déréalité, et puis cette parole qui nous échappe toujours, preuve d’une perte, d’une séparation.

Pour faire simple, le psychanalyste écoute le discours en filigrane, celui qui se raconte au-delà de ce qui est dit, il écoute TOUTE la parole de l’analysant, ce qu’il tente de dire sans y parvenir, ce à quoi il tente d’accéder lui-même mais qu’il ne peut entendre (et qui le fait souffrir), ce qu’il aurait voulu dire à un autre, et qu’il va enfin dire ici… et surtout, aux associations qui vont surgir lors de la séance entre les phrases et les mots, et à leurs conséquences qui laissent entrevoir les mécanismes inconscients.

La psychanalyse est-elle une science exacte ?

La psychanalyse n’est pas plus une science exacte que la médecine, mais elle s’articule avec les connaissances médicales et offre une lecture étiologique et une méthode.

La psychanalyse est et demeure à contre-courant, pour une raison assez simple : elle tente de libérer les hommes et les femmes en donnant accès à leur propre destin, et à travers ce même mouvement, elle s’attaque à ce qui fait souffrir et entrave ce but. C’est en grande partie la raison des polémiques autours de la psychanalyse. Elle réclame de la part de l’analysant, une position d’humilité et de courage.

La psychanalyse est-elle réservée à une élite ?

Il n’est pas simple de parler de ce qu’est la psychanalyse car elle ne se vend pas, elle ne demande rien, ne revendique rien sinon la possibilité pour chacun de choisir son destin. Elle est efficace en redonnant à la personne le contrôle de sa vie sans l’aide d’une quelconque industrie ou institution.

Au fil des années, j’ai observé la violence des attaques envers la psychanalyse, cela à toujours été le cas. On attaque  ses représentants sans même en avoir étudié les travaux, Freud, Lacan, Winnicott, Mélanie Klein et tant d’autres… pour y préférer les discours simplistes des marchands, interdisant du même coup au plus nombreux, l’accès à ces soins.

De formation scientifique, voici pourtant plus de 30 ans que j’en traverse l’acuité et la véracité clinique sans jamais y avoir constaté aucune impasse tant sur les plans théorique que psychothérapique. La psychanalyse n’est donc pas réservée à une élite intellectuelle argentée, elle se pratique encore dans certains Centres Médicaux Psychologiques (CMP) et est donc prise en charge par la sécurité sociale dans ce cadre. Le fait qu’elle soit de moins en moins présente dans les centres  médicaux et qu’elle ne soit pas ou peu remboursée en cabinet privé est un choix politique.

Les psy sont des escrocs, c’est une croyance !

Les psychanalystes sont décriés, ridiculisés, caricaturés, tant mieux. Leur formation universitaire à la psychologie est rendue toujours plus ardue et elle est une référence dans le monde scientifique au point que la formation des psychiatres demeurant incomplète face aux maux du psychisme, nombreux se forment à la psychanalyse, tentant de parfaire une formation bien pauvre en terme d’étiologie et de clinique, se raccrochant à la neuropsychologie afin de vérifier des thèses défendues par Freud il y a plus d’un siècle.

Aucune psychiatrie n’est en mesure de traiter la plupart des affections communes sauf à (parfois) éradiquer leurs seuls symptômes au prix de traitements chimiques très coûteux en terme d’effets secondaires métaboliques, psychiques et financiers.

La psychanalyse vient justement s’articuler avec la médecine tout en positionnant le praticien à une place exactement opposée… oui je sais, c’est compliqué.

Le patient qui souffre consulte-t-il un psychologue ou son médecin de famille ? Vous avez la réponse ? Alors en qui croit-il ?

Nous vivons une époque de la religion médicale et scientiste. L’espérance en un monde apaisé et heureux nourri par les progrès de la science et de la médecine est une utopie. Depuis Copernic, puis Einstein, nous savons que tout modèle scientifique est une œuvre de construction transitoire. La psychanalyse raconte l’homme en ce qu’il est un être de langage et de pensée. Elle libère justement de la croyance et émancipe en proposant à chacun de se rendre autonome et libre. C’est en cela qu’elle est une science au sens éthique de ce mot et qu’elle demeure une méthode résolument subversive.

Pour aller plus loin :

Lien consœur : Marianne Carabin, Psychanalyste, Qu’est-ce que la psychanalyse ?

Un ouvrage passionnant de Simone Korff-Sausse,  Dialogue avec mon psychanalyste, paru en 2005

Simone Korff-Sausse est psychanalyste, membre de la SPP. Docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, elle est maître de conférence à l’université Denis Diderot Paris 7. Elle a une longue expérience auprès de personnes handicapées et de leur famille. Elle a notamment publié Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste (Paris, Calmann-Lévy, 1996) et, avec Cécile Herrou, L’intégration collective de jeunes enfants handicapés (Toulouse, érès, rééd. 2007) sur son expérience dans la halte-garderie La maison Dagobert.

Alain Vanier, Une introduction à la psychanalyse, ed. Armand-colin. A. Vanier est Docteur en médecine (AIHPP, Ancien Psychiatre des Hôpitaux), docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, Habilitation à diriger les recherches. Il commence une analyse en 1970 et fréquente l’École freudienne de Paris. Il est aujourd’hui analyste membre d’Espace analytique (A.F.P.R.F)

Qu’appelle-t-on « l’orientation » du psy ?

La psychologie clinique telle qu’elle fut édictée par Lagache ou Favez-Boutonier s’enrichit aujourd’hui de nombreuses techniques, parfois assez novatrices, au point que la personne en demande d’aide finit par s’y perdre. L’orientation d’un psychologue est primordiale afin de comprendre la manière dont la personne en souffrance sera prise en charge, puis traitée.

L’orientation d’un psychologue permet de connaître le domaine dans lequel il est  particulièrement compétent mais aussi la position qu’il va occuper dans le cadre thérapeutique, et cette orientation se doit d’être clairement perçue par le patient. Certaines approches sont tout bonnement incompatibles tant elles engagent le psychologue sur des routes opposées.

Si la psychanalyse demeure la voie la plus efficace dans la recherche et l’écoute étiologique des souffrances, il est tout à fait possible d’en passer par les outils de psychologie clinique, ou les détours du soutien et de l’étayage, voire  de la guidance ou dans certains cas, des tests psychotechniques, surtout au début d’une prise en charge. En revanche, il  semble  inconcevable pour un psychologue digne de ce titre, de se passer de l’apport de la psychologie d’orientation psychanalytique sous le prétexte qu’elle n’est pas « à la mode ». Il n’est pas toujours simple de résister au discours simpliste qui occupe certains réseaux et de ne pas surfer sur ces discours pour vendre du service tous azimuts…

De même, afin de faire feu de tout bois, on peut prétendre cumuler toutes les approches, les TCC, la psychanalyse, la Psychologie « positive », l’EMDR, la PNL. Il est par exemple difficilement concevable de cumuler le titre de psychanalyste avec celui de spécialiste des Techniques Comportementales ou de pratiquer l’EMDR…, tant ces courants s’opposent. Freud lui-même face à Charcot puis à Breuer, avait parfaitement identifié les mécanismes qui régissent les effets de l’hypnose par exemple, ou ceux  de la conscience altérée et avait décrit les bénéfices et les limites de ces techniques. Les résultats de l’hypnose sont connus depuis plus d’un siècle et font partie du cursus de psychologie… La méconnaissance de la psychopathologie favorise l’amalgame entre toutes ces approches qui pour la plupart, se diffusent d’autant plus facilement qu’elle se réduisent à peu de chose et peuvent être comprises du grand public justement par leur approche simpliste du soin psychique, avec toujours, en toile de fond, la volonté de guérir par magie, sans effort, et sans même s’en rendre compte.

Sans porter de jugement sur l’efficacité des ces approches, les techniques cognitivo- comportementales (TCC) ou l’EMDR, sont à l’opposé de la psychanalyse. Il est important de rappeler que les bonnes approches sont celles qui permettent au patient d’atténuer sa douleur ou sa problématique sans altérer l’intégrité de sa personne.

Pour autant, deux typologies de praticiens peuvent être distinguées : ceux qui s’intéressent à la disparition du symptôme en faisant fi de son étiologie (au risque de voir ce symptôme se déplacer ailleurs), et ceux qui s’intéressent à l’étiologie du symptôme pour en faire disparaître la manifestation. Autrement dit, le premier pense que la souffrance provient du symptôme (l’angoisse, la dépression, les tocs, la timidité, l’anorexie..) le second que cette manifestation (ce symptôme) est l’expression d’un véritable conflit auquel la personne ne peut avoir accès ou qu’il ne comprend pas, qu’il ne parvient pas à contrôler. Or, si on ne s’intéresse qu’aux symptômes, au prix de quelques effets indésirables, il est tout à fait possible de faire disparaître n’importe quel symptôme, non-seulement à travers les psychotropes mais aussi d’autres substances…

Il s’agit donc là de deux positions diamétralement opposées.

Dans un monde très concurrentiel, certains praticiens n’hésitent pas à proposer une multitude de prestations tel un fast-food, croyant pouvoir se passer de l’espace déontologique qui doit les animer et plus encore, de l’éthique parfois aride (être psychologue est un métier d’engagement) à laquelle ils doivent se tenir.

Le narcissisme, l’incidence actuelle des réseaux qui profitent plus aux séducteurs et aux magiciens qu’aux praticiens, et enfin les sirènes de l’avidité poussent parfois certains psychologues à proposer différentes orientations à la fois afin de séduire un public toujours plus large et souvent désorienté. Il convient de rester vigilant. Le praticien qui séduit, celui qui se montre, et se met en scène, s’écarte de ce qui doit être le centre de son travail : la souffrance du patient. Le praticien se doit de disparaître derrière cette exigence.

L’étiologie est l’histoire de la souffrance, du trouble ou de la maladie. C’est aussi son origine et ce qui la provoque, et c’est surtout la prise en compte de la personne dans sa propre histoire et sa réalité.

Thérapies douces, brèves, etc…

Le monde de la thérapie est concurrentiel. De nombreuses thérapies miracle envahissent les réseaux et souvent les ondes radiophoniques, portées par une grande compétence oratoire, un sens de la publicité et un ARGUMENT VENDEUR, qui n’en doutons pas, répond comme un écho à une véritable carence de la part de nombreux acteurs du soin : la « bienveillance« , pour ne pas dire, le maternage… à ne pas confondre avec « la neutralité bienveillante« , qui est son contraire.

Sur la toile, les évocations ésotériques et volontairement nébuleuses de prestataires débordant d’intentions positives, sont innombrables. Ces praticiens auto-proclamés de la technique miracle s’inscrivent dans une grande et respectable histoire de l’écoute et de la guidance, répondant aux questions fondamentales de l’existence, celle des magiciens et diseuses de « bonne aventure » qui auront toujours éclairé le genre humain de réponses et de déterminismes. Ils se déclinent aujourd’hui en mentalistes ou malheureusement aussi, en gourous…

On entend parler de thérapies (vendues comme) brèves, ici, des thérapies quantiques, hypnose qui spécifient Ericksonienne ou transcendantales, hypnose bienveillantepsycho-énergétiques, psycho-zen, positives, là entourée de « douceur » et de « bonnes intentions revendiquées » (…). Ces appellations et qualificatifs à tiroirs masquent plus généralement une grande incompétence mais aussi une véritable capacité à s’adapter à un marché du soin, noyé sous les appellations et les titres fantaisistes.

Ces courants de la psychologie « positive« , « calme« , « non douloureuse« … viennent en miroir de la progressive prise en compte de la souffrance médicale, mais détournent les patients des praticiens diplômés dont le métier est justement cette prise en charge, dans le respect de la personne et de l’éthique.

L’hypnose, Freud l’avait en son temps, déjà depuis plus d’un siècle, remisée pour sa faiblesse thérapeutique. La formation à l’hypnose par un organisme privé indépendamment de toute validation par un diplôme universitaire (Ericksonienne), fait florès et de nombreux psychologues, voire même psychanalystes (au mépris de leur formation), trouvent plus lucratif de proposer ce genre de thérapie magique, qui correspond bien à notre époque du « tout / tout de suite / sans que ça coûte », d’autant que l’hypnose est parfois pratiquée par certains médecins, ce qui crédibilise la pratique aux yeux du public…. Il est indéniable qu’un cabinet coûte cher et qu’il faut parfois se plier à un public toujours plus demandeur de solutions et de miracles.

Or, c’est à la souffrance psychique que se consacrent les psychologues cliniciens. Au delà d’un effet de mode et de la grande supercherie autour d’une thérapie sans travail, c’est contre toute attente, la croyance en la technologie médicale qui finit par l’emporter; Celle qui par simple ingestion d’une molécule ferait disparaître la souffrance. C’est souvent le cas dans le cadre d’affections somatiques avec un certains succès et parfois de lourds effets secondaires, ce n’est qu’assez rarement le cas dans le cadre de souffrances psychiques sauf à l’articuler à une véritable prise en charge psychologique ou psychanalytique.

C’est dans ce but que sont formés les psychologues cliniciens. Cette formation se compose d’un cursus de 5 à 8 années d’études universitaires dont des centaines d’heures de stages obligatoires en institutions psychiatriques (plus de 600), qui ouvrent non seulement sur une compétence qui vient s’articuler à la connaissance médicale somatique (les premières années de formation sont consacrées à la neurologie, à la génétique…), mais aussi à l’écoute de la souffrance et à son traitement. Or, la guérison est AUSSI un douloureux et solitaire processus, qu’il s’agisse d’un cancer ou d’un trouble psychologique. L’analyste compétent vise cette autonomie du patient et cet horizon de guérison du sujet, il est formé à cela. Le véritable professionnel de santé est JUSTEMENT à même d’équilibrer sa méthode entre la capacité du patient à « bouger »,  à endurer ces changements de places et de comportements, et la mission déontologique de soin et d’engagement de psy qui lui incombe de permettre au patient de se libérer de sa souffrance. Ces puissants mouvements sont souvent coûteux en terme d’énergie mobilisée. Seuls les magiciens font disparaître les objets d’un tour de baguette magique, mais il s’agit d’un spectacle et non d’une thérapie, même si l’art peut révéler des fonctions thérapeutiques, il n’y a pas de doute sur ce point.

La croyance en la « douce magie » thérapeutique est issue de la confusion des genres, entre maternage et thérapie.

Fort heureusement, la voie de la chimie médicamenteuse, si elle ne fait qu’apaiser les symptômes, peut parfois aider à entrer dans un véritable processus de traitement à travers les techniques psychologiques ou psychanalytiques. Pourtant, quel professionnel de santé sérieux pourrait vous affirmer qu’une thérapie sera brève ou sans douleur à la simple évocation d’un symptôme ?

Les connaissances médicales et scientifiques évoluent ainsi que leurs validations. Certaines techniques ésotériques pourront peut-être bénéficier de consolidations scientifiques et universitaires. Dans cette attente, la dimension récréative de nouvelles thérapies auto-proclamées ne doit pas laisser penser qu’il s’agit là d’autres activités que des distractions qui peuvent parfois soutenir et apaiser des véritables souffrances, mais se targuer de bienfaits thérapeutiques relève simplement de la manipulation et de l’escroquerie. Si les cursus de médecine ou de psychologie clinique ne garantissent en rien la qualité des hommes, ils garantissent au moins le bagage d’une connaissance théorico-clinique indispensable.

Coach vs. Psychologue Clinicien

Comment un coach est-il formé ?
Comment savoir à qui l’on s’adresse ?

Le coaching est une méthode née dans les années 80′ aux Etats-Unis. Elle s’articule autour de techniques de renforcement et d’étayage, de motivation de la personne en vue de lui permettre de remplir une tâche, un rôle, social, économique ou de surmonter un moment critique de la vie. Il s’agit d’une méthode issue du monde de l’entreprise qui vise la réadaptation du salarié à la contrainte de sa tache et à la performance.

Il ne s’agit pas d’une prise en charge de la personne mais d’un ensemble de techniques visant la reprise rapide de l’activité à travers le renforcement, les conseils et des méthodes visant le reprogrammation comportementale. Les coachs répondent à une demande sociétale, celle des contingences d’un monde en mouvement qui invite l’individu à se confronter à une place nécessitant le deuil de la place précédente. Mais le coaching est aussi une façon de viser un dépassement et d’atteindre un but personnel, de progresser face à des enjeux personnels… sans tenir nullement compte des freins et de l’histoire personnelle de la personne.

Ces moments de crises conjoncturelles sont parfois à l’origine d’états dépressifs chroniques, de techniques d’évitements ou de replis. Ils nécessitent justement une approche complémentaire au  seul renforcement ou à l’hystérisation de la personne, allant de la maîtrise des outils du diagnostic clinique à la prise en charge des troubles post-traumatiques (PTSD) ou la clinique psychanalytique. De par les structures qu’il questionne, le coaching n’est absolument pas adapté à certains patients qui bien au contraire, nécessitent une évaluation clinique et une prise en charge adaptée avant toute démarche de ce type.

Le coaching favorisant le « faire » ou l’ « agir » sur soi, il peut aggraver une situation limite et provoquer des passages à l’acte, comme plonger le patient dans une sévère dépression. L’absence de toute considération psychopathologique ou d’écoute des mécanismes inconscients, relègue la pratique du coaching à un ensemble de bons conseils et de directives organisationnelles ou comportementales, assimilant une personne à une machine ou à un ordinateur dysfonctionnel, qu’il suffirait de reprogrammer (comme dans la PNL, Programmation Neuro-Linguistique) pour parvenir au but recherché.

Les coachs sont parfois diplômés d’écoles ou de groupes privés. Ils sont parfois psychologues du travail donc détenteurs d’une licence en psychologie du travail  (ne pouvant faire usage du titre de Psychologue, qui nécessite un Master 2). De par la position directive et hiérarchique qui s’impose dans les méthodes de coaching, la place de la séduction est centrale. C’est parfois le refuge de personnes, hommes ou femmes, sans formation universitaire mais particulièrement séduisantes, à l’abord calme et apaisant, souvent charismatique, proposant leurs bons conseils ou un ensemble d’exercices et d’activités…
Bien que souvent bienveillants et intéressés par les « relations humaines », le champ de formation et d’intervention des coachs est extrêmement réduit. Néanmoins, le coach peut dans certains cas, participer d’une aide ponctuelle tout à fait efficace. Il peut aussi aggraver une situation clinique qui nécessite des compétences plus vastes et pour lesquelles il n’aura reçu aucune sorte de formation, en particulier, concernant l’étiologie de la souffrance psychique, tout référentiels symptomatologiques restant inconnus d’eux.

Enfin, les coachs peuvent nuire à la thérapeutique en imposant une approche simpliste et comportementale des troubles, tout en éloignant le patient des psychologues cliniciens. C’est néanmoins parfois la première étape pour se diriger ensuite vers le professionnel de santé.

Le psychologue clinicien procède lui aussi, lorsque c’est nécessaire, à un travail d’étayage et de motivation, voire de guidance, mais son champ d’intervention est plus vaste tant en terme de clinique que sur le plan thérapeutique. De fait chaque patient est un sujet unique avec sa propre histoire et sa structure, il ne peut être question d’appliquer la même méthode pour tous.

Notre vie numérique

Les jeux vidéo comme notre usage des outils numériques constituent avant toute chose une mine d’informations primordiales dans l’accès au psychisme des enfants comme des adultes. Facebook, Twiter, Youtube, les jeux vidéo… il est parfois difficile de couper le lien avec ces objets technologiques sans provoquer de véritables effondrements. La pratique intensive

s’accompagne parfois de troubles physiques, d’un repli et dans certains cas, d’une désocialisation et d’une déscolarisation, mais cette activité est aujourd’hui un outil d’accès aux conflits qui sous-tendent cette pratique.

Pour ma part, j’utilise parfois les jeux vidéo dans mon cabinet selon un dispositif adapté, cadré et psychothérapique.

Il existe une multitude de réponses quant à la nature de l’incidence de ces objets numériques sur notre état psychique. Bénéfiques ou catastrophiques sur l’évolution de nos sociétés, il convient avant tout de s’intéresser à la personne utilisatrice et à sa spécificité afin de ne pas sombrer rapidement dans des spéculations d’ordre moral. Le travail du thérapeute est de comprendre la place de ces outils et de savoir comment ils s’articulent avec la structure de la personne et ses moyens de défense. On cherche trop souvent à bannir ou diminuer l’usage de ces outils mais cette solution ne peut être appliquée sans comprendre la fonction du virtuel dans l’équilibre de la personne. L’usage des jeux vidéo est un indice éclairant. Il convient donc d’en connaitre les principes avant d’envisager une incidence sur le temps passé devant les écrans.

jeux vidéo

Plus généralement, récréatif ou autre, le jeu a toujours une fonction mais concernant les jeux vidéo et plus encore, la pratique compulsive de l’internet, ils ne peuvent être pris en charge sans une connaissance et une maîtrise d’une clinique spécifique.

Thérapies brèves : Brèves thérapies

La question de la rapidité du traitement est celle de notre époque. Plus vite, plus rapide, moins « coûteux » ?

La question se pose dans toutes formes de thérapies, médicales ou psychologiques, mais alors qu’il ne viendrait à l’idée de personne de penser qu’une chimiothérapie s’éternise plus que nécessaire, on met

en accusation les psychothérapies, leur durée, leur prix.

Mais quel peut être le coût d’une thérapie qui vise à libérer un sujet entravé par des symptômes depuis 20, 30 ou 50 années de vie sociale et affective ?  Le psychothérapeute est à l’écoute de son patient, de son rythme, de sa capacité à évoluer et à changer sa façon d’organiser sa vision du monde. Ce processus est parfois extrêmement rapide, surtout au début du travail, mais peut parfois ralentir, au gré des inévitables résistances. Un professionnel de santé peut évaluer assez rapidement le temps nécessaire à la mise en mouvement du patient et lui en rapporter ses observations, mais il est impossible de prédire la durée d’un traitement sans avoir même procédé à un premier entretien clinique. Certains se targuent de parvenir à n’effectuer que des thérapies brèves, c’est dire s’ils se soucient du patient.

Consulter, pour soi, au sein d’un couple ou pour un enfant en difficulté est souvent un acte indispensable. En tant que clinicien, il est donc extrêmement important d’écouter la singularité de la personne qui vient consulter, puis de dégager les pourtours d’un diagnostic afin de parvenir à des résultats rapides et adaptés.

Même s’il existe des méthodes thérapeutiques parfois efficaces pouvant, dans certains cas, rapidement faire disparaître les symptômes, citons L’EMDR, les TCC, l’hypnose, la chimie… aucune ne peut se présenter comme la panacée. Le diagnostic clinique et sa qualité font qu’un patient sera efficacement traité et respecté, mais ne peut prévoir la durée de son traitement.

En tout état de cause, la disparition du symptôme ne peut à lui seul constituer un critère d’efficacité. C’est justement la formation du psychologue clinicien que d’être attentif à la souffrance dans son entièreté et non seulement à sa manifestation symptomatique. Le paradoxe du psy, et surtout du psychanalyste professionnel de santé, est qu’il ne s’agit pas seulement de faire disparaître le symptôme mais d’aider la personne à vivre sans. Et cela fait intégralement partie de sa responsabilité de clinicien que de l’aider à effectuer ce travail aussi. Il pourra ainsi parfois prendre contact avec les autres intervenants du parcours de santé, médecin traitant ou médecin psychiatre.

Les enjeux d’une bonne thérapie dépassent souvent les contingences de temps. Pousser la porte d’un psy est parfois une démarche visant à modifier son parcours, l’accès à un destin différent et une réappropriation de sa vie… « Rien de ce qui est important ne se fait rapidement »
Les résultats rapides sont toujours souhaitables et souvent effectifs dès le début de la prise en charge, mais une thérapeutique de la personne en demande de réponses et de soins ne peut se pratiquer à un autre rythme que celui qui s’impose et qui permettra de le soulager et c’est là le seul critère à retenir pour un psychologue clinicien indépendant et sérieux.

Dans ce cadre et dans le respect de ce dogme, une thérapie peut, dans certains cas, ne durer que quelques séances, voire parfois, quelques jours, surtout lorsqu’il s’agit d’une première consultation, mais vendre de la « thérapie brève« , de la thérapie « flash« , de la méthode instantanée… en lieu et place de la psychologie clinique est une façon de répondre bien maladroitement à une demande sociétale de consommation qui fait peu cas de la personne, de sa complexité et de son parcours intime.